La Ville


 

La Ville


Antiquité

Période Phénicienne

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Ancien comptoir phénicien fondé durant l’extension de la civilisation des Phéniciens au-delà de leurs frontières originelles.

Sa création se situe à l’arrivée de ces derniers sur les côtes de l’océan Atlantique vers 2 000 ans av. J.-C. Il est connu que les Phéniciens excellaient dans la navigation marine, car ayant compris que la prospérité, la fructification de leurs richesses et le développement économique ne pouvaient provenir qu’au-delà des limites marines. II fallait donc traverser océans et mers pour assouvir leurs buts expansionnistes.

Mais les distances lointaines entre la vile mère, Phénicie, et les grands centres commerciaux ou les grandes villes situées le long de la façade marine du continent poussèrent les Phéniciens à établir des comptoirs commerciaux.

C’est dans cet ordre d’idées que les Phéniciens de la ville de Tyr fondèrent la ville d’Utique en Afrique antique (actuelle Tunisie) en 1100 av. J.-C. qui est considérée comme le plus ancien comptoir et ce, en relation avec le sens étymologique du mot ‘Utique’ signifiant en langue punique ancienne ou antique, et qui en arabe aussi veut dire la même chose. Plus tard, vers 814 av. J.-C. fut fondée Carthage ou Qarthadesh.

C’est ainsi donc que la ville d’Utique fut le point de départ d’une succession de comptoirs et de ports le long de la façade occidentale de la mer Méditerranée occupant ainsi une position géostratégique car soustraits à l’action des vents violents.

Le positionnement de ces sites commerciaux fut fait selon un intervalle de 30 km en raison du cabotage, les vaisseaux de l’époque n’étaient pas encore aptes à s’aventurer en haute mer.

Parmi ces comptoirs, on peut noter, entre autres, ceux de Saldae (Bejaïa), lol (Cherchell), Kertenne (Ténès), Icosium (Alger), Igelgili (Jijel), Hippone (Annaba), etc.Entre les XIIe et XIe siècles avant notre ère, virent le jour les comptoirs de Rusucade (Skikda), Chullu (Collo), Tsaf-Tsaf et Astora (Stora), tous quatre faisant partie de l’actuelle wilaya de Skikda. Le comptoir de Tsaf-Tsaf fut érigé à proximité de l’ancienne embouchure de l’actuel cours d’eau Zeramna, non loin de l’actuelle gare ferroviaire et de la place du 1er novembre, au pied de cet autre comptoir qu’est Rusucade, appellation phénicienne composée de deux mots « Rus » désignant le cap, et « Ucade » (prononcé Oucade) signifiant feu, le tout donnant ainsi une traduction littérale de « cap du feu ».

Cette signification étymologique se retrouve également dans deux autres villes côtières auxquelles les Phéniciens donnèrent les noms de Rusazir (Azzeffoun) et Rusuccum (Dellys). Les phares n’existant pas encore, le premier ayant été édifié par les Grecs d’Alexandrie, en Égypte, sur l’Île de Pharos sous le règne de Ptolémée II Philadelphe au IIIe siècle avant notre ère, les Phéniciens allumaient chaque soir un brasier sur le promontoire de Rusucade afin de diriger vers Astora les navires venant de l’Est. II faut dire que de par sa position altitudinale avantageuse car plus élevée que les autres promontoires environnants, Rusucade était l’emplacement idéal pour accueillir le phare.D’ailleurs, à ce propos, notons qu’en berbère « Askad » désigne le belvédère et Skikda signifierait donc le belvédère d’où l’on peut admirer la beauté de la baie de Stora. Pour sa part, Tsaf-Tsaf désigne également le nom de l’antique Zeramna.

Tout cours d’eau bordé de saules est appelé par les Phéniciens Tsaf-Tsaf (Saf-Saf en arabe).

À cette époque (antiquité), beaucoup plus loin en amont, et la plaine alluviale actuelle située entre Merdj Eddib et Ben M’hidi n’existait pas encore, un lagon ainsi que d’immenses marécages que finira par combler la rivière venant des Zerdezas en représentaient le paysage originel.En outre, à 3 km à l’ouest de Rusucade est localisé le comptoir d’Astora dont le mot tire son origine de la racine sémitique « STR » qui signifie « protéger ».

Astora désigne également la déesse phénicienne de l’amour et de la beauté, déesse considérée par la même occasion protectrice des navigateurs.

Il est, par ailleurs, à signaler que le trait particulier de Astora, qui est aussi un golfe montrant donc une eau toujours calme, renforce la croyance des navigateurs sur le caractère protecteur de Astora, car les protégeant, ainsi que le port, des vents violents de direction nord-ouest soufflant sur la région.Rusucade connut un développement important sur tous les plans à telle enseigne qu’il devint le centre névralgique des activités commerciales autour duquel perlaient notamment Chullu et Tsaf-Tsaf. Actuellement, il ne reste plus de cette grande ville phénicienne que quelques vestiges funéraires localisés sur les hauteurs de Stora, à travers les nécropoles de Stora, le djebel de Skikda, antique Rusucade, à proximité du siège de la wilaya, dans un site dominant le golfe.Durant cette phase d’occupation de Rusucade, les Phéniciens introduisirent l’usage du bronze et du fer ainsi que celui de leurs nombres et de leur alphabet.

Ils enseignèrent également aux autochtones de meilleurs procédés de culture de la vigne et leur apprirent à greffer l’oléastre pour donner l’olivier.

Période Numide

Durant cette période, Rusucade connut un niveau de développement des plus importants.

À cet effet, elle contribua de façon notable à la promotion et l’amélioration des relations commerciales avec le siège principal des Romains, à savoir la grande ville de Rome.

Cette coopération bilatérale permit à Cirta de devenir le point nodal de la production agricole qui a atteint un degré d’évolution tel que la capitale du royaume numide constitua pour les Romains le principal centre d’approvisionnement en viandes, huiles, olives et autres denrées alimentaires pour toutes leurs colonies et leur territoire situes à l’intérieur des plaines.

Cependant, malgré cette embellie commerciale, la période numide fut caractérisée par une faiblesse clans le réseau routier, problème d’ailleurs que les Romains rencontrèrent lors de l’approvisionnement de leurs colonies situées à l’intérieur des terres qui étaient desservies par de simples chemins de terre non aménagés à travers monts et collines.

C’est ce qui poussa les Romains, lors de leur occupation, à développer tout un réseau de maillages routiers, notamment à Rusucade Seulement, cette coopération numido-romaine est loin d’être un havre de paix, car les intentions belliqueuses des Romains commencèrent à poindre à l’horizon, notamment après la destruction de Carthage en 146 av. J.-C., qui vit les Romains s’intéresser de près au royaume numide afin d’empêcher et de mettre un terme à l’expansion et l’essor de ce dernier.
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Période romaine

En 105 av. J.-C., Cirta devenait la capitale de la nouvelle confédération romaine qui intégra en son sein des villes importantes, à l’image de Colic, Mila et Skikda.

Rusucade, devenue « Rusicade », et Astora devinrent des colonies romaines et connurent durant cette période un développement économique et commercial important.
Conséquence de cette occupation, Rusicade vit son réseau routier se développer à une vitesse vertigineuse et ce, pour drainer les multiples échanges commerciaux qui se font avec les villes alentour et dont Rusicade fut la plaque tournante d’un commerce florissant.

Parmi ces routes celle qui relie Cirta au port de Rusicade; la route nord-ouest qui longe le littoral en traversant l’oued Annab et qui rejoint la ville d’Hippone (Annaba); la route en direction de l’est qui plonge dans les villes de l’intérieur pour se bifurquer selon deux autres directions: l’une menant vers Guelma et l’autre menant vers le sud pour atteindre Mila.

Après donc la victoire de César en 47 av. J.-C., la ville de Rusicade a connu de nombreuses modifications à travers notamment l’extension de la zone portuaire où furent construits de nombreux hangars dans le but de répondre aux besoins sans cesse croissants des activités et des échanges commerciaux.

Par ailleurs, un siècle après l’occupation romaine, Rusicade devint un Municipe se gouvernant selon ses propres lois (conformément à la définition même du terme Municipe), mais s’acquittant néanmoins de l’impôt en nature (ou impôt de l’Annone) à destination de Rome.
Les habitants des Municipes deviennent progressivement des citoyens à part entière et sont dirigés par un magistrat imposé (Praefectus) et des magistrats librement choisis.
L’occupation romaine durant plusieurs siècles ne fut pas sans laisser de traces. En effet, de nombreux édifices imposants furent érigés çà et là et dont quelques-uns sont encore visibles à travers des vestiges sauvegardés dans un musée.À l’origine, la ville de Rusicade était dédiée à l’Astora des Romains, la déesse Vénus, d’où son nom de « Colonia VeneriaRusicade » ou « colonie de Rusicade dédiée à Vénus ».
L’âge d’or de Rusicade correspond au règne des Antonins, au IIe siècle après J.-C., plus exactement entre 182 et 96 après J.-C. La ville connut une richesse et une opulence des plus enviables et abritait une population estimée à l’époque à 100 000 âmes, les dimensions du théâtre romain en faisant foi vu qu’il pouvait accueillir 30 000 spectateurs.
Il est à noter que le plan des rues de la ville coloniale française Philippeville est superposable sur celui de la ville romaine de Rusicade, à une exception près, le Zeramna a cédé la place à la rue nationale, actuelle rue Didouche Mourad, après avoir été détourné de son lit par les autorités françaises, durant la colonisation, vers le Saf-Saf par le biais d’un canal.

Dans toute ville romaine, il y a une rue principale appelée le « Cardomaximus » et traversée en son centre par le « Decumanus ».
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Pour Rusicade, le Cardomaximus à une direction nord-sud de part et d’autre du lit du Tsaf-Tsaf ou Thapsus (actuel Zeramna et plus précisément la rue Didouche Mourad) et le Decumanus montre une direction est-ouest et correspond à l’actuelle rue Boudjemâa Lebardi qui traverse la rue nationale vers le siège de la direction de l’Éducation.

Par ailleurs, d’autres édifices sont également le témoin de l’occupation romaine. Il s’agit notamment de :

• Le « Forum romain », qui a été bâti au centre de la ville de Rusicade et qui servait de lieu de rencontres où se déroulaient moult activités socio-politico-culturelles. C’était un lieu d’expression. L’actuelle esplanade de la Liberté en est le témoin.

• Les ponts de la route supérieure de Stora qui étaient des ponts romains construits en gros appareils réguliers (gros blocs de pierre réguliers) que l’APC a malheureusement couverts de ciment au début des années 1980.

• Les fondations du théâtre municipal sont celles du temple de Vénus, épaisses substructures en petit appareil régulier, couverts également de ciment au début des années 1990.

• Les fondations du Palais de justice correspondent à celles du temple de la Victoire.

• Les fondations de l’hospice des vieillards sont celles des temples d’Hélios (dieu du soleil) et de Mithra.

• Les fondations de l’hôpital et l’hôtel Es-Salem correspondent à celles de Jupiter Appenin et de Bellone (déesse de la guerre).

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Période vandale

Durant longtemps, Rusicade préserva sa réputation de ville-phare et de centre commercial très important par où transitent de nombreux navires venant de toutes les contrées avoisinantes et lointaines et servit pendant une longue période, avec Stora, de plaque tournante économique dans l’approvisionnement et les échanges commerciaux entre Rome et ses colonies en Afrique du Nord.
Mais cette embellie économique et cette relative accalmie connurent une fin tragique avec l’arrivée des Vandales sur les côtes de l’Afrique du Nord.C’était le début d’une nouvelle ère pour Rusicade, nouvelle mais néanmoins funeste, car l’occupation vandale fut des plus destructrices.

C’était le commencement de la fin. En fait, avec l’arrivée des Vandales rien n’a changé, en bien cela s’entend, car ils n’apportèrent aucune amélioration à leurs nouvelles colonies, en général, et à Rusicade, en particulier. Ils ont maintenu en place tous les systèmes de gouvernance et économiques à l’exception du mode de gestion immobilière qui se traduisait notamment par l’expropriation violente des terres fertiles et cultivables.

Les actes de répression étaient le lot quotidien des habitants. L’anarchie, la décadence et la dégradation des conditions de vie n’augurent rien de bon et la création de sites militaires était le jeu prisé des Vandales, ce fut d’ailleurs le seul domaine dans lequel ils excellaient.

II fut ainsi jusqu’à la destruction de Rusicade, fait du dernier roi vandale fuyant le général byzantin Belisaire et ce, en 533.

Au terme de la période romaine et vandale, et suite aux bouleversements qui s’ensuivirent, la région de Rusicade connut de nombreuses tentatives de recouvrement de la souveraineté berbère qui était sous la domination byzantine.

Moyen Âge et Période musulmane

À partir du VIIe siècle, l’arrivée des musulmans dans le Maghreb a permis de débarrasser cette région du joug colonialiste.

Avec l’avènement de l’islam, la langue arabe fut introduite et fut facilement assimilée car les autochtones maitrisaient déjà l’usage de la langue punique, parallèlement au langues berbères et au latin. D’ailleurs, la nouvelle appellation de Rusicade tire ses origines de l’arabe, donnant « Sucaïcada » ou « Ras Skikda ».

Il est a rappeler que les premiers chroniqueurs arabes, dont lbnAbd El Hakam, rapportent l’appellation au toponyme de Taskikdit. Avec l’arrivée des Ottomans qui ont dominé Constantine et Collo, les régions montagneuses ont échappé à la domination turque.

Parmi ces régions on peut noter Skikda et Stora.
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La période coloniale

Les ruines de la ville antique, détruite par les Vandales au Ve siècle de l’ère chrétienne, furent investies par les Français en janvier 1838 lors de la colonisation peu après la chute de Constantine. Repoussées lors d’une première tentative par voie terrestre en provenance de Constantine, les troupes françaises étaient entrées par la baie de Stora, un ancien comptoir phénicien dont l’histoire remonte à 1000 avant Jésus-Christ, devenue plus tard le port de pêche de Skikda, et installèrent leur quartier général sur l’emplacement actuel de l’hôpital, situé en hauteur, pour faire face à la résistance armée des tribus des environs.

La ville fut rebaptisée Fort de France du nom du navire qui permit le débarquement des Français dans la baie, puis Philippeville en hommage au roi Louis-Philippe. Elle conservera ce nom jusqu’en 1962.
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C’est en négociant avec les tribus hostiles des environs, notamment les puissantes confédérations guerrières des Béni Méhenna et des Béni Béchir, que les Français purent occuper, en premier lieu, une des deux rives de l’Oued Saf-Saf (l’antique Thapsus) qui coupe les deux vallées sur lesquelles se trouve la ville actuelle.

Les Français négocièrent également les hauteurs de Bouabbaz en échange de la construction de la Mosquée de Sid Ali el-Adib en 1840 sur l’autre versant de la ville faisant face au lieu.

La mosquée de Sid-Ali el-Adib, du nom d’un saint d’origine syrienne venu de Béjaïa, est aujourd’hui la plus ancienne mosquée de la ville.

L’empereur Napoléon III accueilli par le maire et le sous-préfet Nouvion fit escale à Philippeville le 28 mai 1865 (second voyage de l’Empereur en Algérie).

En 1911, au cours d’une grève de protestation des dockers du port de Philippeville, les ouvriers musulmans lèvent un drapeau turc et un autre, de couleur verte, frappé du croissant et de l’étoile qui est considéré comme l’un des ancêtres du drapeau algérien, pour exprimer leur solidarité et leur fidélité à l’Empire ottoman.

En 1914, le port de Skikda est violemment bombardé par deux bâtiments de guerre de la marine ottomane, alors en guerre aux côtés du IIe Reich allemand contre la France.

En 1942, les troupes alliées y débarquent, notamment sur les plages de Jeanne d’Arc (actuellement Larbi Ben M’Hidi) où la carcasse rouillée d’un mini sous-marin gît toujours au niveau de la 7e plage. La ville est également la cible de bombardement aérien effectués par des avions-bombardiers italiens et allemands au cours de la Seconde Guerre mondiale.
La venue des GI américains suscite l’enthousiasme général des populations musulmanes de la ville.

En 1942, un incident entre un tirailleur sénégalais et des Algériens sert de prétexte à un massacre commis au niveau du quartier arabe (l’actuelle Souika) durant lequel des tirailleurs sénégalais, tuent une trentaine de civils algériens.

C’est grâce à l’intervention de l’armée américaine que cesse le massacre dont les victimes sont inhumées en présence du maire de la ville, Cuttoli, et des principaux notables européens et musulmans.

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La guerre d’Indépendance

La Wilaya de Skikda a joué un rôle important dans la lutte de libération du pays du colonialisme français.

Plusieurs régions comme Collo, Azzaba et la vallée de Saf-Saf qui ont consenti de très grands sacrifices, constituent les plus grands berceaux de la guerre d’indépendance.

De nombreux vestiges et sites historiques marquent le témoignage de l’engagement de Skikda dans la révolution du pays.